vendredi 2 janvier 2015

MAIGRET SE TROMPE



Maigret se trompe
Paru en 1953, Maigret se trompe est sans doute l'un des meilleurs romans de Georges Simenon, un de ceux qu'il écrivait en moins d'une semaine (du 24 au 31 août de la même année) et qu'il distinguait de ses "romans durs". On y voit en effet apparaître un personnage que l'on pourrait qualifier de "double maléfique" du commissaire. Mettant une nouvelle fois en scène l'empathie que l'enquêteur éprouve pour le suspect, le romancier va ici jusqu'à évoquer la troublante fascination ressentie par Maigret pour un individu froid, cynique, hautain, misogyne que, tout au long de l'enquête, il considère comme le meurtrier d'une ancienne prostituée, une représemoment les pensées, les conceptions, voire la philosophie de vie de cet être détestable qui attire les femmes. Que cet homme soit un illustre chirurgien, quasi-intouchable par ses compétences reconnues de tous,  le rapproche du passé de Maigret, qui a dû abandonner ses études de médecine.
Certes, pour justifier le titre, le commissaire se trompe longtemps sur l'identité de l'assassin, mais Simenon paraît surtout nous dire que Maigret s'est trompé de vie, qu'il aurait pu ne pas être "le raccommodeur de destinées", le mari fidèle, le policier compétent qui nous est présenté au fil de ses 150 enquêtes. Plus encore, Simenon, à travers le portrait du docteur Gouin, à l'arrogance proche de celle du romancier apprécié de tous, nous livre une sorte d'auto-portrait sans complaisance.

Bruno Cremer

Michael Gambon

Gino Cervi

Michel Simon

Pierre Renoir

Jean Richard

Rupert Davies

Jean Gabin
Georges Simenon

Harry Baur





mardi 30 décembre 2014

TIMBUKTU

Le film de Sissako me laisse perplexe: plastiquement, il est très beau (trop?) mais son propos est ambigu. Je ne peux m'empêcher de me poser trois questions à son sujet.
1. La famille touareg, si belle, si sympathique, de quoi précisément tire-t-elle ses revenus ? Monsieur et madame restent mollement allongés sous leur tente, discutent, sourient, grignotent, tandis que leur vache GPS est (mal) gardée par un petit garçon. 
2. Le héros malheureux de l'histoire (le touareg en question) est tout de même le meurtrier d'un pêcheur. Même dans nos contrées civilisées, il serait puni à la suite d'un procès. Le but du film est-il seulement de dénoncer la peine de mort à laquelle il est condamné?
3. Le fait de présenter des djihadistes "humains", parlant foot, se cachant pour fumer, incapables de riposter à un imam qui tient des propos pertinents à leur encontre ou à une poissonnière qui n'a pas sa langue dans sa poche, est-il judicieux? Toutes proportions gardées, c'est un peu comme si on nous disait que les nazis étaient de bons pères de famille, qui aimaient leurs chiens et la musique...
Le buisson sur la dune, tel un pubis, sur lequel s'acharne la mitraillette d'un islamiste est une métaphore un peu trop appuyée de la peur de la femme éprouvée par ces fiers-à-bras adeptes du voile et des gants pour l'autre sexe...
Tous ces points m'ont considérablement gêné pendant la projection et m'ont privé d'une adhésion totale à ce film.
Un grand moment cependant: les gamins qui jouent au foot sans ballon, puisque le sport est interdit par les intégristes. Dans cette scène, l'enjeu est clair et c'est vraiment du cinéma. 
Les propos tenus par le réalisateur dans Positif sont également sujets à discussion: à la question de savoir quand une intervention étrangère est justifiée dans un pays injustement envahi, Sissako répond: "Quand il y a unanimité." Le concept d'unanimité me laisse perplexe...

lundi 29 décembre 2014

SPARTACUS


 



C'est en 1951 que paraît le roman de Howard Fast. Ce n'est ni le péplum hollywoodien de 1960 que Kubrick a plus ou moins renié, ni la série TV actuelle, indigeste et ridicule.
La construction du roman est intéressante dans la mesure où le héros n'apparaît jamais "en direct": il est le personnage principal des retours en arrière et lorsque l'œuvre commence, il est mort et l'on expose sur la via Appia les 6000 esclaves crucifiés suite à l'échec de leur révolte. Sur l'ensemble du roman plane l'ombre d'un destin nauséabond.
Nous suivons le voyage de jeunes patriciens, heureux de s'être débarrassés de l'horrible danger constitué par l'ex-gladiateur et retrouvant les plaisirs sensuels et sexuels d'une existence où les esclaves ont repris, après l'horrible répression, leur place "naturelle". Nous découvrons les opinions pleines de fiel de l'ambitieux Cicéron à l'aube de sa grande carrières et celles, plus nuancées et respectueuses, du vainqueur de Spartacus. Fast a, dans un premier temps, choisi le point de vue de l'ennemi de classe. 
Ce n'est que dans la deuxième partie que nous suivons l'histoire de Spartacus, depuis les mines de sel jusqu'à l'école de gladiateurs de l'ignoble Lentulus. Finalement, le combat des esclaves contre leurs maîtres et les légions romaines n'occupe que peu de place dans le roman, l'auteur ayant préféré évoquer longuement la mort sur la croix de son héros. La dernière partie, après la disparition de Spartacus, s'intéresse essentiellement à l'évocation de sa compagne. Cette construction inattendue n'est pas le moindre des charmes de cette œuvre aujourd'hui ensevelie sous le poids des symboles, des adaptations et des réécritures.


Howard Fast a publié, entre autres, en 1954, Silas Timberman, un passionnant roman relatant un épisode de la chasse aux sorcières menée contre les enseignants américains.

dimanche 28 décembre 2014

MOMMY

A l'heure des bilans de fin d'année, Mommy est, sans conteste, mon film de l'année.

J'avais apprécié le premier opus de Xavier Dolan J'ai tué ma mère, mais été profondément agacé par le maniérisme narcissique des Amours imaginaires, où le metteur en scène tenait absolument à montrer sa nuque. J'en avais conclu que Laurence anyways et Tom à la ferme ne méritaient pas mon attention...
Avec Mommy, celui qu'on ne désigne plus que comme "le prodige québécois" a voulu faire un film pour le public et non pas à destination des seuls fans de son nombril. Et l'on reste littéralement scotché devant l'écran à géométrie variable où se déchaîne un adolescent strictement hétérosexuel, imprévisible, touchant, dangereux, bien éloigné des personnages habituels de Dolan, souvent englués dans leurs problèmes d'identité sexuelle. Steve est réellement malade et l'auteur parvient à nous rendre sensible son enfermement mental par le format anxiogène de l'écran: ce n'est qu'à deux exceptions que le personnage ouvrira littéralement de ses mains l'espace claustrophobique de son univers pour enfin se libérer et nous libérer par l'utilisation de l'écran large. Jusqu'à la crise suivante.
Plus encore que le personnage de la mère, magistralement interprété par Anne Dorval, c'est celui de l'étrange Kyla (Suzanne Clément) qui m'a paru intéressant: visiblement détruite par la perte d'un petit garçon, elle reporte toute sa sollicitude dans l'impossible rééducation de Steve, délaissant son mari et sa fillette. Le trio - l'adolescent, sa mère, la voisine- ne connaîtra que de rares moments de bonheur, comme la sublime scène où résonne la chanson de la "gloire nationale" du Canada, Céline Dion.


Par ailleurs, en marge du film, Xavier Dolan a tenu des propos qui m'ont fait revenir sur ce que j'estimais être de l'arrogance insupportable de sa part:
- à la suite de son altercation avec Eric Zemmour, il a précisé à un journaliste qui voulait revenir sur l'affaire qu'il ne désirait plus perdre le quart de la moitié d'une seconde à parler de ce monsieur...
- à un autre interviewer extatique qui lui demandait les raisons de son audace à faire entendre du Céline Dion à un moment particulièrement émouvant du film, il a répondu benoîtement qu'il aimait bien Céline Dion..
J'ai l'impression que Xavier Dolan, pas bête du tout et à présent décidé à être sympathique, risque de devenir un très grand cinéaste.

mercredi 10 décembre 2014

NOUVELLES ETUDES DE DASEINSANALYSE

Ca vient de sortir...
Si vous voulez lire un article sur La situation existentielle de l'aigri, n"hésitez pas...

lundi 20 octobre 2014

GONE GIRL

Un film d'un ennui abyssal: 2h30 de bavardages, de coups de théâtre téléphonés. Si vous n'avez pas compris au bout de cinq minutes que la disparition de l'héroïne est un coup monté par elle-même, c'est que vous n'avez jamais lu un livre ou vu un film.Eh bien, les flics du film n'entrevoient la solution qu'à la fin... Ben Affleck est aussi expressif que d'habitude et l'actrice ne mérite pas qu'on retienne son nom. L'image est laide et la mise en scène digne d'un téléfilm de France 3. Victor le ferrailleur a plus de rythme...
On apprend que dans les hôpitaux américains, quand vous arrivez couvert de sang, on vous habille d'un joli pyjama bleu mais on ne vous lave pas... D'où une scène grotesque de douche à la maison où l'épouse demande à son mari de se mettre tout nu parce qu'elle a peur qu'elle cache un micro sur lui. Tout est du même tonneau, mais les salles sont bourrées et les critiques adorent...

mardi 1 juillet 2014

BIRD PEOPLE

Chacun dans sa case, chacun dans ses problèmes: même dans le RER bondé, pas la moindre solidarité, pas la moindre communauté humaine, tant les voyageurs sont englués dans leurs soucis individuels de travail, de famille.
Chacun fuit ses responsabilités: pour rompre, l'Américain choisit la visio-conférence. Il n'a jamais eu le courage de s'expliquer clairement avec sa femme et il ne peut le faire que par l'intermédiaire d'un écran d'ordinateur à des milliers de kilomètres de chez lui. Il n'a que faire de la vie de son épouse totalement anéantie par sa décision soudaine et égoïste
Chacun ment: le concierge du luxueux hôtel, dont les fenêtres donnent sur l'aéroport Charles-de-Gaulle, fait croire à sa collègue de travail qu'il dort chez un copain, en attendant de trouver un logement décent. En réalité, il couche dans sa voiture. Même la vieille cliente bien mise et si respectable raconte au téléphone qu'elle est dans le couloir de son immeuble alors qu'elle regagne sa chambre.
La petite bonne du Hilton de Roissy, à qui personne ne parle, dont le travail n'est reconnu par personne, en a assez de nettoyer la saleté des autres, ces autres qui restent dans leurs cases toutes identiques. Elle décide de fuir, elle aussi: elle devient oiseau, comme dans un conte de fées, un simple moineau qui survole l'aéroport, de nuit, pendant que David Bowie chante Space oddity. C'est beau un aéroport vu d'oiseau, mais quand on est un petit oiseau, on court le risque d'être dévoré par un chat ou un hibou. Humain ou animal, on n'est jamais tranquille...sauf quand un artiste vous prend pour modèle, et qu'on devient tout fier qu'il vous dessine. Vous êtes enfin devenu quelqu'un.
Quelqu'un, une personne, pourtant identique à d'autres personnes. Une parmi d'autres, avec un nom et un prénom. Et non plus personne, le néant. Nobody.
Pascale Ferran sait filmer, nous amuser et même philosopher.