dimanche 28 décembre 2014

MOMMY

A l'heure des bilans de fin d'année, Mommy est, sans conteste, mon film de l'année.

J'avais apprécié le premier opus de Xavier Dolan J'ai tué ma mère, mais été profondément agacé par le maniérisme narcissique des Amours imaginaires, où le metteur en scène tenait absolument à montrer sa nuque. J'en avais conclu que Laurence anyways et Tom à la ferme ne méritaient pas mon attention...
Avec Mommy, celui qu'on ne désigne plus que comme "le prodige québécois" a voulu faire un film pour le public et non pas à destination des seuls fans de son nombril. Et l'on reste littéralement scotché devant l'écran à géométrie variable où se déchaîne un adolescent strictement hétérosexuel, imprévisible, touchant, dangereux, bien éloigné des personnages habituels de Dolan, souvent englués dans leurs problèmes d'identité sexuelle. Steve est réellement malade et l'auteur parvient à nous rendre sensible son enfermement mental par le format anxiogène de l'écran: ce n'est qu'à deux exceptions que le personnage ouvrira littéralement de ses mains l'espace claustrophobique de son univers pour enfin se libérer et nous libérer par l'utilisation de l'écran large. Jusqu'à la crise suivante.
Plus encore que le personnage de la mère, magistralement interprété par Anne Dorval, c'est celui de l'étrange Kyla (Suzanne Clément) qui m'a paru intéressant: visiblement détruite par la perte d'un petit garçon, elle reporte toute sa sollicitude dans l'impossible rééducation de Steve, délaissant son mari et sa fillette. Le trio - l'adolescent, sa mère, la voisine- ne connaîtra que de rares moments de bonheur, comme la sublime scène où résonne la chanson de la "gloire nationale" du Canada, Céline Dion.


Par ailleurs, en marge du film, Xavier Dolan a tenu des propos qui m'ont fait revenir sur ce que j'estimais être de l'arrogance insupportable de sa part:
- à la suite de son altercation avec Eric Zemmour, il a précisé à un journaliste qui voulait revenir sur l'affaire qu'il ne désirait plus perdre le quart de la moitié d'une seconde à parler de ce monsieur...
- à un autre interviewer extatique qui lui demandait les raisons de son audace à faire entendre du Céline Dion à un moment particulièrement émouvant du film, il a répondu benoîtement qu'il aimait bien Céline Dion..
J'ai l'impression que Xavier Dolan, pas bête du tout et à présent décidé à être sympathique, risque de devenir un très grand cinéaste.

mercredi 10 décembre 2014

NOUVELLES ETUDES DE DASEINSANALYSE

Ca vient de sortir...
Si vous voulez lire un article sur La situation existentielle de l'aigri, n"hésitez pas...

lundi 20 octobre 2014

GONE GIRL

Un film d'un ennui abyssal: 2h30 de bavardages, de coups de théâtre téléphonés. Si vous n'avez pas compris au bout de cinq minutes que la disparition de l'héroïne est un coup monté par elle-même, c'est que vous n'avez jamais lu un livre ou vu un film.Eh bien, les flics du film n'entrevoient la solution qu'à la fin... Ben Affleck est aussi expressif que d'habitude et l'actrice ne mérite pas qu'on retienne son nom. L'image est laide et la mise en scène digne d'un téléfilm de France 3. Victor le ferrailleur a plus de rythme...
On apprend que dans les hôpitaux américains, quand vous arrivez couvert de sang, on vous habille d'un joli pyjama bleu mais on ne vous lave pas... D'où une scène grotesque de douche à la maison où l'épouse demande à son mari de se mettre tout nu parce qu'elle a peur qu'elle cache un micro sur lui. Tout est du même tonneau, mais les salles sont bourrées et les critiques adorent...

mardi 1 juillet 2014

BIRD PEOPLE

Chacun dans sa case, chacun dans ses problèmes: même dans le RER bondé, pas la moindre solidarité, pas la moindre communauté humaine, tant les voyageurs sont englués dans leurs soucis individuels de travail, de famille.
Chacun fuit ses responsabilités: pour rompre, l'Américain choisit la visio-conférence. Il n'a jamais eu le courage de s'expliquer clairement avec sa femme et il ne peut le faire que par l'intermédiaire d'un écran d'ordinateur à des milliers de kilomètres de chez lui. Il n'a que faire de la vie de son épouse totalement anéantie par sa décision soudaine et égoïste
Chacun ment: le concierge du luxueux hôtel, dont les fenêtres donnent sur l'aéroport Charles-de-Gaulle, fait croire à sa collègue de travail qu'il dort chez un copain, en attendant de trouver un logement décent. En réalité, il couche dans sa voiture. Même la vieille cliente bien mise et si respectable raconte au téléphone qu'elle est dans le couloir de son immeuble alors qu'elle regagne sa chambre.
La petite bonne du Hilton de Roissy, à qui personne ne parle, dont le travail n'est reconnu par personne, en a assez de nettoyer la saleté des autres, ces autres qui restent dans leurs cases toutes identiques. Elle décide de fuir, elle aussi: elle devient oiseau, comme dans un conte de fées, un simple moineau qui survole l'aéroport, de nuit, pendant que David Bowie chante Space oddity. C'est beau un aéroport vu d'oiseau, mais quand on est un petit oiseau, on court le risque d'être dévoré par un chat ou un hibou. Humain ou animal, on n'est jamais tranquille...sauf quand un artiste vous prend pour modèle, et qu'on devient tout fier qu'il vous dessine. Vous êtes enfin devenu quelqu'un.
Quelqu'un, une personne, pourtant identique à d'autres personnes. Une parmi d'autres, avec un nom et un prénom. Et non plus personne, le néant. Nobody.
Pascale Ferran sait filmer, nous amuser et même philosopher.


jeudi 26 juin 2014

BLACK COAL

Un film plein de fulgurances comme le titre original l'indique: "Feux d'artifice en plein jour". On entre dans un tunnel par une belle journée; on en sort, il neige. Des membres humains, éparpillés aux quatre coins de la région, sanguinolents dans du charbon noir. Une fusillade au beau milieu d'un salon de coiffure. Une patinoire en plein air, la nuit, où l'on se casse la figure sur une valse de Strauss. Un mot mystérieux laissé dans une voiture avec le numéro d'un bus.Un meurtre à coups de patin à glace. Une teinturerie dans une ville chinoise glauque. Une grande roue dans un parc d'attractions désert. Un flic. Une femme.
L'intrigue est sinueuse mais pas incompréhensible. Comme tout bon polar, c'est un tableau de la société. Et le film ne vous donne guère envie de partir vivre en Chine.


mardi 24 juin 2014

JERSEY BOYS

Il arrive parfois à Clint Eastwood de ne pas être très sobre et de s'adresser à une chaise vide: il vaut mieux oublier cet incident pathétique de la dernière campagne électorale américaine et courir voir son Jersey Boys. Pour ceux à qui le titre et le thème tiré d'un "musical" feraient peur, ce n'est pas une comédie musicale où les personnages expriment leurs émotions en chantant et en dansant: c'est le "biopic" à trois voix (manque étrangement celle du personnage principal) d'un groupe des années 60, "The Four Seasons", dont l'inculture attachante leur fait imaginer que Vivaldi est sans doute un Italien proche de la Mafia, comme ils le sont eux-mêmes. Inculte moi-même, j'avoue que je n'avais jamais entendu parler de ce groupe avant de découvrir, dans le film, qu'ils avaient créé quelques-uns des grands tubes des années 60 et 70. Fans de Claude François, réjouissez-vous... 


Le classique Clint nous offre une belle histoire d'amitié, d'amitié extrême où l'on se dévoue, se sacrifie, où l'on perd tout, sauf le sentiment d'avoir accompli une œuvre, aussi futile soit-elle, mais la futilité n'est-elle pas essentielle? Il y a du Flaubert dans le final amer et désenchanté: "C'est là ce que nous avons eu de meilleur" dit en substance le héros évoquant le plus beau souvenir de sa vie, que nous n'avons pas encore vu et qui va clore le film de manière magistrale. Restez jusqu'au bout du ballet euphorisant, il réserve une surprise. Et avant cette scène, nous aurons eu droit aussi à des retrouvailles émouvantes comme une reprise, peut-être un peu trop sentimentale, du Temps retrouvé. On trouve aussi, dans ce film dont on sort à la fois ragaillardi, plein de nostalie et pessimiste, une auto-citation de l'ancien héros de westerns, un hommage aux deux Douglas, Kirk (Le Gouffre aux chimères) et Michaël (Liberace). 
Vous voyez que Clint Eastwood est un chouette type quand il fait du bon cinéma.

vendredi 14 mars 2014

LE VENT SE LEVE

Ce qui m'a toujours un peu agacé chez Hayao Miyazaki, c'est sa pseudo-philosophie que je qualifierais de "new age de bas étage", si des personnes, plus compétentes que moi dans ce domaine, ne m'avaient assuré qu'elle fait partie intégrante de la culture nipponne. J'ai toujours été allergique à ces histoires de déesse des mers, de nature protectrice, de château ambulant. En revanche, quand Miyazaki traite de problèmes et de sentiments humains, je trouve ses films particulièrement fins et touchants. Je suis tout prêt à admettre qu'un cochon soit aviateur dans Porco Rosso, à partir du moment où celui-ci est aux prises avec des préoccupations politiques qui m'intéressent. Je suis tout prêt à admettre que la petite Ponyo soit issue des flots à partir du moment où Miyazaki me parle aussi des rapports entre de petits enfants et les pensionnaires d'une maison pour vieillards. Je suis tout prêt à admettre l'existence d'un monstre poilu à partir du moment où Mon voisin Totoro est le fantasme rassurant d'orphelins qui viennent de perdre leur mère... (et que les roses trémières sont belles!)
Dans Le vent se lève, il est question du rêve que poursuit un jeune ingénieur: celui de construire des avions qui volent dans le ciel, qui nous éloignent, mais jamais complètement, des soucis de nos vies bassement quotidiennes et banalement terribles, marquées par les catastrophes naturelles et la mort. Et l'idéaliste parviendra à concrétiser son souhait venu de l'enfance. Belle leçon d'optimisme et de confiance en l'homme. Et qu'on ne vienne pas dire que ces avions deviendront d'horribles engins meurtriers au service de l'Empire allié aux nazis. Miyazaki, loin d'esquiver le problème, le traite clairement et ceux qui mettent en doute l'idéologie de son film ne l'ont pas bien vu.
Il est question aussi d'une très belle histoire d'amour, pathétique, où plane l'ombre de Thomas Mann et d'Hans Castorp.
Les dessins et l'animation sont particulièrement réussis, Miyazaki "montre" le vent, comme je ne l'avais jamais vu.
Et quel plaisir d'entendre du français dans un film japonais. "Le vent se lève! Il faut tenter de vivre!" C'est du Paul Valéry. C'est aussi une belle leçon de vie, de résistance face au malheur.