mercredi 23 novembre 2016

PREMIER CONTACT

Le début est intéressant. Des extra-terrestres débarquent. On l'a vu mille fois (au cinéma) mais c'est toujours aussi efficace. Et puis, ces extra-terrestres s'expriment de façon originale: ils projettent des cercles d'encre au visage de leurs interlocuteurs. Et c'est là que ça commence à ne plus fonctionner. En moins de temps qu'il n'en faut à un prof de maths pour résoudre une équation du 3ème degré, la linguiste habilitée "Secret défense" décrypte leur langage au point d'établir un dictionnaire numérique lui permettant de composer des phrases. Comment les heptapodes (puisqu'ils ressemblent à des poulpes avec leurs tentacules) comprennent-ils l'anglo-américain de nos héros? Le film ne tentera jamais de nous l'expliquer. Mais le problème n'est pas là. Ces êtres étranges venus d'ailleurs sont pacifistes (ils n'aiment pas la guerre: étonnant, non?) et, généreusement, veulent que la paix règne sur terre entre tous les hommes de bonne volonté; cependant, les vilains Chinois et les pas très gentils Russes ne sont pas vraiment d'accord et jouent cavaliers seuls pour connaître les buts secrets des étrangers. Tout finira bien, avec une réception genre celles de l'ambassadeur, où tous les anciens rivaux se retrouveront.
Les vaisseaux spatiaux s'étant posés en plusieurs endroits de la planète, on a donc droit à des images des différentes télés des régions paniquées: bizarrement, dans ce film qui se veut universaliste, toutes les BFM du monde parlent anglais...
On se croirait dans un bon vieux nanar de science-fiction antisoviétique des années cinquante, avec une grosse louche de philosophie post-moderne brouillardeuse. Et un ennui intersidéral que la musique pseudo Arvo Part ne fait que renforcer. Des ellipses initiales et des flash-back par la suite évoquent le drame subi par la linguiste, mais elle renaîtra à la vie grâce à Jeremy Renner, toujours aussi expressif.
On préfèrera revoir La Chose d'un autre monde, 2001 L'Odyssée de l'espace (le vaisseau spatial est pompé sur le monolithe de Kubrick) ou Rencontres du 3ème type, beaucoup plus poétique et fascinant.
A propos du dernier opus de Denis Villeneuve, on a entendu que c'était le premier film de science-fiction traitant du présent...et de géopolitique: on croit rêver.


dimanche 13 novembre 2016

LE CLIENT



L'histoire est intéressante: le film a remporté le Prix du Scénario à Cannes. Les acteurs sont épatants: Shahab Hosseini a reçu le Grand Prix d'Interprétation masculine à ce même festival. Et pourtant, on ressort de la projection du Client assez déçu. On n'arrive pas à s'attacher à des personnages trop désincarnés pour nous émouvoir. Les symboles sont démonstratifs: l'immeuble métaphorique qui manque de s'écrouler et les fissures comme autant de failles souffrent de lourdeur. A moins d'être un lecteur de Miller, la mise en abyme du théâtre dans le cinéma ne paraît guère pertinente. Que veut dire exactement le film? Que tout le monde traîne sa culpabilité et que personne n'a le droit de s'ériger en juge? Le personnage principal qui se sent humilié par ce qui est arrivé à sa femme (que s'est-il passé précisément dans la salle de bain?) humilie en retour un de ses élèves et un vieil homme pitoyable. Le fait que le film se passe en Iran n'a pas une grande importance et on est loin de Taxi Téhéran. Un film presque aussitôt vu qu'oublié.

lundi 7 novembre 2016

UNE VIE

DES DANGERS DE LA RADICALITÉ ...


Après le magistral Loi du marché, Stéphane Brizé déçoit avec son adaptation radicale d'Une vie, le roman de Maupassant.  Le film repose sur un certain nombre de partis pris qui, une fois découverts par le spectateur, donc attendus, deviennent vite ennuyeux. Ainsi des dialogues qui sont, tous, dits suivant une intonation moderne: pas de grossièretés ou d'approximations jeunistes, mais une suppression systématique des négations et surtout une diction contemporaine. Voulant nous rapprocher du texte, Brizé l'éloigne de son auteur et de l'époque de l'action.
Même esprit de systématisation dans l'alternance vite lassante des plans de nature grise où l'héroïne rumine son mal être et des images ensoleillées du bonheur d'autrefois.
A plusieurs reprises, la mort des personnages est traitée de la même façon par des ellipses dont certaines sombrent dans le ridicule: la mère, épuisée, trouve que la journée est belle, et le plan suivant nous montre sa tombe. Mari, femme et amant plaisantent ensemble et le travelling qui suit nous fait découvrir leurs cadavres ensanglantés.
On est donc devant un film magistralement interprété par Judith Chemla, Jean-Pierre Darroussin et Yolande Moreau, mais qui manque cruellement de vie et d'émotion car il semble être la lourde mise en place de théories trop longuement pensées.

lundi 31 octobre 2016

VOYAGE A TRAVERS LE CINEMA FRANCAIS

Seul reproche à adresser au passionnant doc' de Bertrand Tavernier: sa durée. Face à une telle masse d'informations et d'analyses, le spectateur, même cinéphile, a du mal à rester attentif plus de trois heures. Les séries télévisées, débitées en épisodes d'environ une heure, ont fini par formater nos capacités de concentration.
Tavernier évoque les films de sa vie. De sa vie, il ne nous dira pas grand chose: son séjour au sana, son père résistant qui a caché pendant la guerre le couple Aragon-Triolet, ses premiers emplois d'assistant et d'attaché de presse. Son voyage à travers le cinéma français s'arrête quand il devient lui-même réalisateur.
Des films, en revanche, il en dira beaucoup plus: de ceux de Becker à ceux de Godard. Ses analyses minutieuses et pertinentes de certains extraits sont particulièrement enrichissantes. Il nous fait redécouvrir des perles rares d'Edmond T. Gréville ou de Jean Sacha, metteurs en scène oubliés ou dévalorisés.  Les épisodes les plus intéressants concernent Gabin et Renoir. Du premier, il remet à sa juste place l'immense talent, comparant les démarches de plusieurs personnages qu'il a interprétés, montrant par là que les jugements sur le prétendu jeu outré des derniers films ne sont que des propos paresseux qui se répètent sans fondements. Ce que l'acteur dit de Renoir ne manque pas de sel.
L'ensemble est plein d'enthousiasme et on n'a qu'une envie: revoir tous ces grands films qui ont formé Tavernier, et qui nous ont formés aussi. Certes, il en manque et le choix est subjectif, partial. Mais c'est ce qui fait le prix d'une telle anthologie personnelle.


mercredi 26 octobre 2016

MOI, DANIEL BLAKE

LE VIEUX N'A PAS PERDU LA MAIN

Ken Loach (87 ans) nous offre à nouveau un film émouvant, humain, drôle, roboratif. Si vous vous attendez à une caméra portée à la main qui suit les personnages filmés de dos, à un montage syncopé ou ostensiblement retors, passez votre chemin. Cela n'a jamais été le style du réalisateur anglais et cela ne le sera jamais.
En revanche, si vous appréciez le cinéma qui s'intéresse au monde contemporain et surtout aux gens d'aujourd'hui, vous serez heureux. Vous découvrirez, sans didactisme, ce qui se passe lorsqu'on est vieux mais encore capable et désireux de travailler, et qu'un problème cardiaque ne vous handicape pas totalement tout en exigeant de vous une certaine mesure. A-t-on droit alors à une indemnité chômage ou invalidité? 
Quand on ne connaît rien au maniement d'un ordinateur et qu'on écrit son CV au crayon, c'est à peine si on est digne de vivre... dans une société où l'Etat a abandonné la prise en charge des citoyens en difficultés à des entreprises privées, qui ne songent qu'à dégraisser plutôt qu'à secourir.
Heureusement, il reste entre les hommes, et les femmes, certaines formes de solidarité et c'est ce qui empêche de désespérer totalement, quand on voit une mère de famille affamée se jeter littéralement sur une boîte de conserve dans une banque alimentaire.
Ce film nous vaut aussi le souvenir d'une belle histoire d'amour au son de la musique de la météo marine de la BBC.
Ce n'est pas une œuvre révolutionnaire mais elle nous parle, nous invite à la vigilance et à l'indignation.


Ken Loach a bien mérité sa 2ème Palme d'or.

vendredi 14 octobre 2016

L'EPINE DANS LE COEUR

Michel Gondry aime bien le "bricolage" cinématographique: qu'on se souvienne de La Science des rêves, de Rembobinez s'il vous plaît et surtout du merveilleux Microbe et Gasoil. Il apprécie les machines improbables, les personnages hors de notre monde, les univers à la marge.
Avec L'Epine dans le cœur, il semble se plonger dans le réel. Le réel de sa vraie famille, de sa tante et de son cousin. C'est autour de ces deux personnes que va s'organiser et se désorganiser le film. Gondry suit d'abord un schéma classique de documentaire: il retrace la carrière d'institutrice de sa tante à travers ses différents postes. L'occasion de rendre un hommage émouvant aux pédagogues inventifs, généreux, dont les anciens élèves viennent porter témoignage de leur reconnaissance.
Les perchistes, les cadreurs font semblant d'apparaître par mégarde dans le champ; les formats différents et hétéroclites se succèdent sans raison apparente; on assiste à la projection du film devant les membres de la famille du réalisateur qui y ont participé et à celle d'un classique du cinéma dans une école aujourd'hui en ruine.
Le film évoque aussi les événements historiques qui ont jalonné la trajectoire de l'enseignante, comme les conséquences de la guerre d'Algérie.
Et puis, tout à coup, on s'intéresse au cousin affublé d'un curieux look et dont on va connaître le secret qui constitue cette "épine dans le cœur" de sa mère. Le film change alors de registre: on entre dans un drame familial, une blessure toujours ouverte. Le spectateur peut être décontenancé par cette confusion, ce mélange de deux thèmes totalement différents, d'autant plus que l'activité professionnelle de cette mère déchirée ne semble avoir jamais souffert de la tragédie intime qu'elle vivait.


En définitive, on a l'impression de voir un film familial super 8 d'autrefois, comme semble le confirmer la scène finale, un film personnel face auquel on peut se sentir étranger mais envers lequel on peut aussi éprouver de l'empathie, car ce qui s'y passe et ce qui s'y dit est universel.

lundi 22 juin 2015

THE SWIMMER

Impeccablement traduit en français par le titre Le Plongeon, The Swimmer est un film de Frank Perry avec Burt Lancaster, tourné en 1966, sorti en 1968.
Autant le dire tout de suite: c'est une merveille à se procurer rapidement en DVD.
Un homme, simplement vêtu d'un maillot de bain qu'il ne quittera pas de tout le film, court dans une forêt de rêve, et surgit tout à coup dans une somptueuse propriété californienne , où il est accueilli par de joyeux fêtards vieillissants et stupides, qui cuvent tout l'alcool qu'ils ont ingurgité la veille au soir, au cours d'une "party" de gens huppés. Visiblement, ils connaissent l'intrus interprété par Lancaster, mais ils ne l'ont pas vu depuis des années, peut-être à cause d'un déclassement social. Il arbore un sourire Colgate trop beau pour être vrai, a des yeux bleus magnifiques, fait jouer ses muscles et répète sans cesse que Lucinda, sa femme, va bien, et que sa fille est en train de jouer au tennis. La caméra plonge dans ses yeux et quand elle en sort, voilà que germe dans l'esprit du personnage l'idée de regagner sa propre villa en suivant la route de toutes les piscines des propriétés qu'il doit traverser avant de parvenir à la sienne. Comme le dit la VO, il veut "swimming home" en empruntant la "Lucinda River". 
Notre nageur va faire des rencontres à chaque piscine, se trouver confronté à des épisodes peu glorieux de son passé et ainsi remonter dans le temps, séduire une jeune fille, discuter avec un petit garçon mais aussi s'enfoncer peu à peu dans l'humiliation, jusqu'à une scène finale tragique qui conservera pourtant tout son mystère à l'histoire du "swimmer".


Le film est considéré comme le 1er jalon de ce que l'on a appelé "le Nouvel Hollywood". Il n'a guère eu de succès, il était pourtant le film préféré de son interprète qui y a sans doute vu une métaphore de sa carrière,  du cinéma en général et de la société américaine de la fin des 60's.